Auteurs de cette nouvelle série documentaire lancée à l'occasion du Festival de Cannes, questions à Serge July et Marie Genin
D' où vous est venu le concept de cette nouvelle collection "Il était une fois le cinéma" ?
Marie Genin : Jai soumis cette idée à Serge July dont je connaissais la passion pour le 7 e art. Chaque documentaire commence par « Il était une fois un film, en telle année ». Cette collection nest ni une série de « making of » ni la vue densemble dune carrière artistique. Nous entrons dans lintimité dun film singulier. France 5 et TCM nous ont demandé de réaliser une première série qui souvre avec Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy, et vendredi avec Certains laiment chaud de Billy Wilder. Puis il y aura : Mon oncle, de Jacques Tati, Jules et Jim, de François Truffaut
Y-a-t-il à chaque fois la volonté de choisir un film représentatif d'une période précise ?
Serge July : Plus quaucune autre discipline artistique, le cinéma baigne dans son époque et chaque film, de mille manières, léponge et la raconte. Par exemple, Lawrence dArabie est réalisé en 1962 par David Lean alors que le nationalisme arabe avec Nasser et linsurrection algérienne, connaît une phase très aiguë. La révolte arabe pendant la Première Guerre mondiale et le rôle quy joue un officier britannique visionnaire sont alors présentés comme un contrepoint orgueilleux à la décolonisation de lex-empire britannique. Il y a dans nos documentaires des allers et retours permanents entre la fabrication du film et son contexte, entre luvre et lhistoire singulière du réalisateur et du scénariste.
S'agit-il de ponctuer les grandes étapes de l'histoire du cinéma ?
Serge July : Chaque réalisateur, au cours de linterview ou à travers les archives, fait une leçon de cinéma : Rossellini donnant des cours à luniversité de Houston est un grand moment ; Polanski racontant son engagement si particulier dans Tess éclaire de façon exceptionnelle lart de la mise en scène. Marie Genin : Nous avons cherché des interviews de Stanley Kubrick que nous navons pas trouvés ; il a donc fallu renoncer à traiter Docteur Folamour dans cette collection. Ce fut un crève-cur.
Avez-vous une volonté d'initier le téléspectateur au 7e art ?
Marie Genin : Beaucoup de gens nous disent, après avoir vu notre travail : « Jai hâte de découvrir le film ! » Cest notre envie initiale : donner aux non-cinéphiles, le goût des grands classiques. Et la perspective historique que nous avons adoptée permet à un public plus large de se reconnaître dans le cinéma.
Serge July :La télévision publique a été un ciné-club de masse exceptionnel pour la culture cinématographique. Elle a laissé cette fonction aux chaînes du câble ou du satellite. Cest regrettable. Dans une redéfinition du service public, je crois que cette ambition reste pertinente.
Recueilli par Sophie Laurant (photo Ciné /tamaris)