Les états généraux de la bioéthique, qui se sont clos le 23 juin, resteront, dans notre pays, comme un grand moment de débat démocratique. Le pari n’était pas gagné d’avance. Il s’agissait rien moins que d’associer les citoyens à un débat extrêmement complexe, où l’opinion publique réagit généralement par l’affectivité et la compassion là où il faudrait mettre aussi un peu de responsabilité et de raison.
Sur toutes ces questions, les sondages se contentent souvent d’exprimer une opinion spontanée qui se trouve confortée, en retour, d’une forme de légitimité populaire. Jean Leonetti, qui a présidé le comité de pilotage de ces états généraux, est parvenu à démontrer que des citoyens informés étaient capables d’entrer dans la complexité du réel et, à l’heure des recommandations, de faire le choix de la raison.
A l’encontre des sondages, les jurys citoyens refusent la gestation pour autrui et l’élargissement aux personnes seules, comme aux couples homosexuels, de la procréation médicalement assistée. Une manière de faire prévaloir les « droits de l’enfant » sur un prétendu « droit à l’enfant » qui ne figure dans aucune charte des droits de l’homme. Certains regretteront, en revanche, qu’en matière de recherche sur l’embryon, un régime d’autorisation encadrée soit préconisé par les états généraux, pour succéder au principe actuel d’interdiction avec dérogation.
Mais le contenu même des débats a bien montré que pour une immense majorité de citoyens, l’embryon humain, même en l’absence actuelle de tout statut juridique, ne pouvait être réduit à un simple matériau biologique. Les catholiques peuvent se réjouir de constater que lorsqu’on fait ainsi appel à la conscience de chacun, l’opinion converge vers leurs propres positions. Des positions fondées non sur la foi, accessible aux seuls croyants, mais sur la raison que, précisément, tout homme peut atteindre.
Du succès de ces états généraux, le gouvernement devrait tirer des enseignements pour l’avenir. Il est, dans nos débats actuels, un thème qui vaudrait une telle mobilisation : celui d’un éventuel report de l’âge de la retraite. Les sondages indiquent que les Français y sont hostiles. Et pourtant, la raison, là encore, nous dit qu’il est sans doute possible de trouver un compromis qui rende justice aux uns et aux autres : aux retraités comme aux actifs, en prenant en compte la pénibilité du travail de chacun et son espérance de vie. Nos démocraties, aujourd’hui fragiles, ont besoin de tels consensus, solides et argumentés, sur lesquels construire leur avenir.