 |
 |
|
publié le 09/02/2010
|
Anne Ponce, directrice de la rédactionLe Carême, top ou flop ? |
Le Carême, ce n’est pas tendance. Si nous regardons un peu autour de nous, il est évident que la prière, le jeûne et la solidarité n’entrent pas dans le top 50 des valeurs en hausse. Le PDG d’une grande entreprise publique qui peut cumuler une « retraite chapeau » de plus de 1 million d’euros par an avec un salaire de 1,6 million ? Pas très Carême… La libéralisation des jeux d’argent sur Internet, examinée ces prochains jours au Sénat, la liberté de pouvoir miser tout à notre aise sur les exploits des canassons, sur le nombre de médailles gagnées aux Jeux olympiques et, peut-être, sur la couleur des balles de tennis ? Pas très Carême… À la télévision, les sex-toys, jouets érotiques, qui font une entrée lucrative dans les émissions de télé-achat ? Pas très Carême…
L’essentiel est-il condamné à faire un flop ? Faut-il en déduire que nous vivons dans une société en manque de sens et de frissons ? Pourtant, il semblerait qu’il existe d’autres moyens de se faire du bien. Dans ce numéro, le philosophe et économiste Patrick Viveret indique une piste qui peut paraître étonnante dans le contexte évoqué plus haut. « Partager pour vivre intensément », explique-t-il en plaidant pour le don, la générosité et « la sobriété heureuse ». Voilà qui redonne une chance au Carême ! Est-ce si révolutionnaire ? En fait, la générosité envers Haïti semble montrer qu’il y a sans doute plus de gens qu’on ne croit à miser sur la solidarité plutôt que sur les jeux d’argent et les paris en ligne. La fraternité serait-elle finalement une valeur en hausse ? Parions là-dessus !
Pour le jeûne, l’emballement est évidemment plus difficile à déceler. Encore que l’on peut observer dans les magazines féminins le succès des cures « détox » pour se purifier des excès et « pour alléger le corps autant que l’esprit ». Tiens, tiens… Et que dire de la quête de silence, du désir de « se retrouver soi-même » qu’on relève jusque dans les catalogues de vacances ? Bien sûr, toutes ces aspirations sont parfois un peu désordonnées. Mais finalement, la solidarité, le jeûne et la prière ne paraissent déjà plus si ridicules. Top ou flop ? Le Carême, ce n’est pas tendance… mais ça pourrait le devenir.
|
|
 |
|
 |
|