(la vidéo de l'édito ne sera disponible que demain)
Le pire, Dieu merci, n'est jamais certain. Pourtant, le cyclone Nargis qui, le 2 mai, a déferlé sur les côtes de Birmanie sous forme d'une vague haute de plusieurs mètres, pourrait avoir provoqué la mort de plus de 100 000 personnes et fait un million de sans-abri.
Les images de désolation qui nous parviennent disent l'ampleur du désastre et la désespérance des populations, aujourd'hui menacées de famine et d'épidémies. Comme un malheur n'arrive jamais seul, le peuple birman semble condamné à une double peine : la violence du cataclysme et l'incurie criminelle de la junte militaire au pouvoir depuis près d'un demi-siècle.
En effet, non seulement la population n'a pas été prévenue de l'imminence de la catastrophe - sauf dans les hôtels touristiques de la côte - mais le régime de Rangoun refusait toujours, en fin de semaine dernière*, d'autoriser l'accès de son territoire aux organisations non gouvernementales (ONG), prêtes à secourir les sinistrés.
Ainsi, ce régime paranoïaque ajoutait-il à l'imprévision le refus criminel de l'assistance directe. Sa seule concession : accepter une aide matérielle et financière dont il maîtriserait la répartition, loin des regards indiscrets. Tout au plus, pouvait-on espérer un assouplissement pour le lendemain du référendum du 10 mai, destiné à renforcer encore l'autorité des militaires sur le pays.
Pauvre Birmanie, déjà exsangue au point de provoquer, à l'automne dernier, la révolte des bonzes, et aujourd'hui amputée de sa zone de rizières détruite par le cyclone. Devant un tel mépris pour son propre peuple, la question se pose de savoir si le « devoir d'ingérence » humanitaire ne doit pas l'emporter sur le « droit à la souveraineté » que revendique le régime birman. Fût-ce au titre d'une « responsabilité de protection » des populations.
C'est la position que la France a défendue à la tribune de l'ONU, seule organisation capable de légitimer ce type d'intervention. Position aussitôt contrecarrée par la Chine et la Russie, qui n'entendent pas ouvrir la brèche d'un droit d'ingérence supranational. Ainsi, tandis qu'un peuple abandonné à lui-même par son propre gouvernement lutte pour sa survie, l'aide internationale se trouve bloquée aux frontières avec la complicité de quelques « grands » de ce monde ! Difficile accouchement d'une « gouvernance mondiale » alors que nous ressentons aussi fortement notre appartenance à une même humanité.