Début février, Cindy, une fillette de cinq ans a été retirée à sa famille d'accueil du Gers, sans laisser le temps d'un au revoir. Motif : des liens trop forts se sont créés avec sa famille d'accueil. "Un désastre sur le plan psychologique", pour le pédopsychiatre Marcel Rufo.
Examinons ensemble l'émotion que suscitent chez nous les aventures de cette petite fille d'Angers née sous X mais confiée à ses grands-parents biologiques, par décision de justice. Puis le retrait brutal de cette autre enfant de 5 ans de sa famille d'accueil, par le conseil général du Gers, « au motif du trop gros attachement de sa famille d'accueil ».
On a naturellement envie de dire bravo à la cour d'appel d'Angers et de plaindre Cindy, arrachée à ses parents adoptifs. Mais rapidement une voix intérieure nous pousse à plus de prudence, et relativise nos emballements immédiats.
À Angers, la mère de la fillette abandonnée à sa naissance voit son droit à l'accouchement sous X bafoué au nom de l'intérêt supérieur de l'enfant. Le cas est complexe. Une femme, une mère, peut être dans l'incapacité d'élever son enfant et choisir de l'abandonner.
Et en même temps, à partir du moment où l'enfant est né, celui-ci a le droit minimum et absolu de connaître ses origines. Mais que diront les grands-parents à leur petite-fille, plus tard ? « Nous t'avons recueillie contre l'avis de ta mère qui t'a abandonnée ? »
Dans le cas de la famille d'accueil, l'identité de l'enfant a été révélée sur Facebook et une pétition circule sur la Toile « Pour le bonheur de Cindy ». On entend, par ailleurs, que les parents biologiques de Cindy, très fragiles, avaient du mal à exercer leur droit de visite auprès de la fillette, la famille d'accueil accaparant l'enfant.
Il y aurait donc un motif au retrait de la fillette, même si la façon brutale de la reprendre, sans laisser le temps d'un au revoir, est désastreuse sur le plan psychologique. Il faut savoir que le travail de l'Aide sociale à l'enfance repose sur le renforcement des liens fragiles avec la famille d'origine.
Une carte postale par an envoyée par la famille biologique à l'enfant suffit à maintenir ses droits. Je sais, cela paraît dérisoire, mais en même temps ce lien de filiation fondateur doit être respecté.
C'est une des explications au faible nombre d'enfants adoptables en France (environ 900 par an). Mais ils sont les pupilles de l'État, dont c'est le devoir de faire respecter le droit à l'origine.
L'exemple hongrois est, à ce titre, très intéressant : un enfant abandonné est confié à la même nurse, de sa naissance à ses 18 mois. Ses futurs parents adoptifs lui rendent visite, toujours chez la nourrice. Puis il est adopté.
Plus tard l'enfant pourra revoir cette personne qui s'est occupée de lui au tout début de sa vie et qui servira d'espace et de personne transitionnels, protecteurs de l'abandon qu'il a vécu. Et si nous nous inspirions de ce modèle pour faire triompher l'intérêt de l'enfant ?
Revue de presse :
► Dans l'Express,
Nathalie Daysse, née sous X et auteur de
La Seule de ma race
(Ed. du toucan), a répondu à des questions sur l'accouchement sous X : "Il faut supprimer l'accouchement sous X. Il faut permettre aux enfants (abandonnés puis adoptés) qui le demandent d'avoir accès à leur identité, il faut pouvoir leur donner un jour les clés de leur identité."
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