Réagir 06/01/2012  |  14:54
Photo © Alain Tendero

Psycho

Marcel Rufo : "C’est la faute des Rois mages !"

L'Épiphanie représente une autre occasion de réunion familiale, où l'on peut jouer et apprendre à partager, à s’effacer, à supporter la frustration.

Le Père Noël serait-il un quatrième Roi mage, celui qui n'aurait pas suivi l'étoile ayant guidé les trois autres ? Force est de constater, en effet, que dans bien des foyers, la consommation bat son plein pendant la période des fêtes. 

Vous avez toutes et tous assisté à la sidération des enfants entre 2 et 7 ans (âge auquel on croit encore au Père Noël) ; ces bambins submergés par l'abondance éprouvent alors plus de surprise que de plaisir. Plutôt que d'explorer le cadeau qui apparaît, ils passent au suivant, en proie à une excitation sans limite. L'autre paquet est toujours plus important que le précédent, à peine ouvert et déjà abandonné. 

Les parents devraient réagir. Pourquoi ne pas offrir à leurs enfants un petit nombre de cadeaux, bien choisis, à Noël ? Pourquoi ne pas réserver pour une occasion à venir - fête ou anniversaire - une autre attention ? Ne peut-on pas mettre le holà à cette course effrénée aux arbres de Noël chez les grands-parents, les oncles, les tantes, les amis, sachant que, dans les familles recomposées, les possibilités sont encore multipliées ? 

La surabondance ne peut que nuire au plaisir de recevoir. L'Épiphanie représente une autre occasion de réunion familiale, où l'on se retrouve pour partager la galette. Qui couronner à l'ère de l'enfant-roi ? Notons qu'à l'Élysée, on ne connaît pas cette difficulté : il n'y a pas de fève car le président de la République ne peut être roi. 

Et chez soi ? Faut-il absolument que le petit garçon ait la fève, et que la figurine transforme en reine la petite fille ? Non ! Le jeu comporte une dimension de hasard.

On découpe le gâteau en un nombre de parts égal à celui des convives, et puis le plus jeune parmi tous, caché sous la table ou tournant le dos pour ne pas voir le morceau, indique à qui l'attribuer. S'il gagne, il est roi. Si un autre a la fève, c'est à cet autre participant que revient la couronne, et ce roi désigné par le hasard, en retour, devra offrir une nouvelle galette, ou cette reine penser à la boisson. 

Le jeu est plus important que le succès. Jouer, c'est apprendre à partager, à s'effacer, à supporter la frustration. C'est apprendre à perdre sans perdre la face et désirer rejouer en mesurant le risque de ne pas gagner.

Façon de ne pas oublier, au sein de nos fêtes familiales marquées par la profusion, que sous les jouets imposés par le quatrième Roi mage demeurent l 'or, la myrrhe et l'encens.

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