Max Gallo © Isabelle Levy-Lehman

Religion

L'Évangile selon Max Gallo

Historien, romancier, Max Gallo explore, depuis des décennies, l'histoire de France à travers les destins de ses grands hommes. Dans Jésus, l'homme qui était Dieu , son dernier livre, l'académicien change de registre et se penche sur la figure du Christ. Une vraie profession de foi.

Pèlerin : vous avez écrit des biographies de Napoléon, de Gaulle, Victor Hugo… Pourquoi vous intéresser aujourd’hui à Jésus ? Le Christ est-il un grand homme comme les autres ?
Max Gallo :  non bien sûr ! On n'aborde pas la vie de Jésus comme celle de Louis XIV. Ce livre est différent de tout ce que j'ai fait auparavant. Il s'agit d'une affaire intime entre moi et la foi. Alors que l'époque encourage à une spiritualité bricolée « sur mesure », où chacun se sert au supermarché des croyances, j'ai voulu écrire une sorte de manifeste dans lequel je dis : « Je suis chrétien. »

Ce portrait de Jésus est aussi l’histoire d’une conversion, celle de Flavius, un centurion romain qui, au pied de la Croix, a la révélation de la divinité du Christ. Dans l’un de vos précédents ouvrages, vous racontiez comment, lors d’un baptême dans l’église Saint-Sulpice, à Paris, vous avez redécouvert la foi. Flavius, est-ce vous ?
Pas tout à fait car le terme de « conversion » est trop fort, en ce qui me concerne. J'ai toujours été croyant et j'ai toujours attaché une grande importance à la prière. Mais pendant une partie de ma vie, je n'avais jamais éprouvé le besoin de l'affirmer. Jusqu'à ce que ce baptême que vous évoquez fasse ressurgir dans mon esprit le souvenir du suicide de ma fille, il y a plus de trente ans. Il m'a fallu ce choc pour m'obliger à revenir sur des questions essentielles auxquelles seules la foi permet de répondre.

Quel est ce Dieu auquel vous croyez ?
Celui des chrétiens, avec au cœur du cœur, le mystère de la Résurrection. Celle des hommes, à la suite de celle de Jésus, comme fondement spirituel du christianisme. Je ne cherche pas de preuves historiographiques, je ne me pose pas de questions sur les miracles : ont-ils eu lieu ou pas ? L'eau s'est-elle vraiment transformée en vin, à Cana ? Comme le dit l'évangéliste Marc à Flavius, dans l'un des chapitres du livre : « Tu seras devant le mystère. Tu pourras l'accepter ou le refuser. » Je l'ai accepté. Dans son entier.

Pour écrire votre livre, vous avez lu et relu les Évangiles…
Ainsi que les écrits apocryphes chrétiens, un crayon à la main. Voilà plusieurs années que je voulais méditer ces textes, sans pour autant prétendre rédiger un livre d'exégèse. Ce qui tombe bien, puisque je ne suis pas théologien. Juste pour comprendre comment et pourquoi la parole de Jésus a eu une telle résonance. D'autant que, pour l'historien que je suis, les Évangiles sont un matériau extraordinaire, d'où surgit une réalité politique, géographique, sociale permettant de reconstituer la Palestine de l'époque et sa société, du grand prêtre au simple charpentier.

Tout au long du récit, vous insistez sur l’humanité du Christ…
Je sais d'ailleurs qu'avoir choisi pour titre L'homme qui était Dieu, et non pas « Dieu qui s'est fait homme », risque de choquer. Mais je l'assume. Pour faire entendre sa voix, Jésus est allé au bout de sa condition humaine. Il a souffert, il a douté... jusque sur la Croix – qui était, rappelons-le, le châtiment réservé aux esclaves. Crucifié, il pousse ce cri terrible « Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » C'est là, je pense, l'une des singularités du christianisme : un Dieu qui porte la volonté d'être homme dans sa grandeur, mais aussi dans la faiblesse.

À qui s’adresse votre ouvrage ?
Question difficile. Disons que je voudrais jouer les intermédiaires et m'adresser à ceux qui, n'ayant pas lu les Écritures, veulent savoir ce qu'il y a dans ces textes. Ou ceux qui, ne les ayant pas lus depuis longtemps, veulent s'y replonger. Un public pas forcément croyant, mais ouvert à ces questions.

Vous aimez rappeler à quel point le christianisme a marqué la société française. Vous le comparez même à un « ciment ». Pourriez-vous préciser ?
Je reste un grand défenseur de la laïcité et de la séparation entre le temporel et le spirituel. Rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Mais il faut être aveugle pour nier l'apport du christianisme à notre culture et notre histoire.

Quelles sont les figures spirituelles qui vous inspirent ?
Saint Bernard, le fondateur de l'abbaye de Clairvaux, l'un de ceux qui ont contribué à la création de l'ordre cistercien. Il souffre d'une mauvaise image, on le considère comme un conservateur, un violent, un croisé. Mais j'aime son ascèse. Et Pascal, aussi, pour la manière dont il a su confronter raison et foi.

Vous disiez avoir voulu comprendre pourquoi la parole du Christ a eu une telle résonance. En écrivant ce livre, avez- vous trouvé la réponse ?
Avec Jésus, nous sommes face à un souverain qui ne veut ni la fortune, ni la puissance. Toute sa force réside dans le dialogue et le partage, l'attention aux autres. Jésus s'adresse à chacun comme à un égal, il nous révèle que chaque homme porte en lui une part de divin. Sa parole nous élève, nous fait sentir que nous ne saurions être réduits à la jouissance ou au désir. Oui, nous sommes bien plus que cela.

Son dernier livre : Jésus, l'homme qui était Dieu , Éd. XO, 330 p. ; 19,90 €.

www.maxgallo.com, le site officiel de Max Gallo  :Tout, vous saurez tout sur l'historien, le romancier et l'homme politique. On a particulièrement apprécié la rubrique "Max en chiffres" pour connaître l'homme sous toutes les coutures. Pour vous mettre l'eau à la bouche voici deux chiffres clés : 1,93... mètres (on suppose que c'est sa taille) et 10, soit le nombre de tractions quotidiennes que le sieur Gallo exécute sur sa barre d'exercice. Autre élément surprenant : des fonds d'écran de grands hommes : Victor Hugo, Charles de Gaulle, Napoléon... et Max Gallo !

http://academie-francaise.fr, Max Gallo, l'académicien  : La liste des œuvres, les discours et les travaux académiques de Max Gallo à l'Académie française.

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