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publié le 12/09/2008
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Benoît XVI en FranceLa veillée des jeunes à Notre-DameGrand moment de ce voyage : la veillée sur le parvis de Notre-Dame de Paris et le chemin de lumière. Notre reporter a vécu cette soirée avec les jeunes. Reportage.
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Vendredi 12 septembre, 17H00. On partage des écouteurs et on joue aux cartes...
Un petit scout en short et foulard bien roulé, un ado en jean’s tombant et crête de cheveux savamment dressée, une belle jeune fille noire aux dreadlocks fournies, un jeune homme aux cheveux très ras, un tee-shirt « Coca-cola », un polo « Souris… Jésus t’aime », un foulard palestinien, un carré Hermès, des baskets Converse en pagaille… Il sont tous là, les jeunes visages de l’Eglise de France.
Venus de Paris, de ses banlieues riches ou de ses cités, mais aussi de Beauvais (Oise), Châteauneuf-de-Galaure (Drôme), Granville (Manche) ou Laval (Mayenne), scouts de France ou d’Europe, collégiennes de 13 ans ou ingénieurs de 30 ans, rassemblés sur le parvis de Notre-Dame-Place Jean-Paul II, plusieurs milliers de jeunes attendent le pape. Plus de trois heures avant que Benoît XVI ne leur adresse un message.
Pendant que deux écrans géants diffusent des reportages sur la préparation du voyage du pape en France, on joue aux cartes, on partage des écouteurs de MP3, on repère les tireurs d’élite perchés dans les tours de Notre-Dame, on fume, on réclame des bouteilles d’eau aux bénévoles en tee-shirt orange. Car malgré des prévisions timides durant toute la semaine, le soleil « donne »sur la façade de pierre claire de la cathédrale.
Solène et ses camarades de classe (en seconde à Sainte-Elisabeth, Paris XVème ) sont venues avec le groupe de la paroisse Saint-Christophe-de-Javel (Paris XVème). « Mes copines venaient, alors ça m’a donné envie de venir, » déclare cette grande brune de 14 ans. Anne, 16 ans, de la même bande : « Le pape se donne la peine de venir en France, alors je me suis dit qu’il était normal de l’honorer de notre présence. » Troisième copine, Claire, 16 ans : « C’est une occasion à ne pas rater. En plus, cela m’intéresse de voir ce pape de près. A son élection, il paraissait très sérieux. J’ai l’impression qu’il est peut-être plus ouvert qu’on le dit. Après l’avoir vu, on pourra en parler autour de nous. »
« Benoît XVI a été beaucoup critiqué, notamment avec la messe en latin, renchérit Anne. J’ai eu envie de voir moi-même qui il est. » L’ambiance, ici, leur plaît déjà : « On sent qu’on est là pour le même truc ! », commente Solène.17h25 : sifflets et applaudissements
Sur l’écran géant, première apparition du pape, qui arrive au collège des Bernardins. Un « ouais… » enfle sur le parvis, les drapeaux jaune et blanc distribués à tous les pèlerins d’agitent. Sifflets, applaudissements, … les jeunes acclament Benoît XVI comme un héros de la Star Ac. « Il est vieux, hein, quand même ! », ne peut s’empêcher de lâcher une lycéenne.
Après 20 bonnes minutes d’un discours trop érudit pour que les jeunes accrochent, le pape conclut par un « merci beaucoup. » Pas rancuniers, les jeunes applaudissent à tout rompre. Et en rajoutent quand les représentants des musulmans de France sont présentés au pape.
18h15 : Philippe espère des discours péchus
Benoît XVI grimpe dans sa papamobile. Du devant du parvis monte un vague Be-ne-det-to ! « Qu’est-ce qu’ils disent ? » demande l’un ou l’autre jeune. Plus près du portail de la cathédrale, Nicolas, 12 ans, Louis-Marie, 13 ans, Arthur, 13 ans, et la troupe de scouts d’Europe Sainte-Jeanne-d’Arc, de Saint-Maurice (Val-de-Marne), trépignent en attendant l’arrivée de la papamobile.
Les plus jeunes, grimpés sur les épaules des aînés, font le guet. « Je suis fier et content d’être là, assure Louis-Marie. C’est la première fois que je vais voir le pape, alors que beaucoup ne l’ont pas encore vu. Le pape est très sage. Il parle beaucoup de langues, il connaît beaucoup de mots compliqués, comme on a pu l’entendre dans son discours de tout à l’heure. Il explique bien les choses, il a été prof. » « C’est aussi un grand théologien, » précise Nicolas.
Leur chef de troupe, Philippe, étudiant en droit de 22 ans, veut, lui « prier avec et pour le pape, et montrer que le jeunesse de France est toujours active. » Il espère des discours « pêchus qui donnent des directives ». Soudain, sur les écrans, on distingue la papamobile qui tourne sur le Petit pont, et arrive vers le parvis. Les jeunes se ruent sur les barrières métalliques qui bordent l’esplanade. 18h40 : les vêpres commencent
Le pape est entré dans la cathédrale où il célèbre les vêpres. Les forces de l’ordre ouvrent alors les barrières, laissant entrer un flot de nouveaux arrivants, jusqu’alors massés sur les quais. Des messieurs en costume sortant du bureau, des familles, des personnes âgées, et encore des jeunes. Histoire, sans doute, de remplir l’esplanade.19h00 : "J’aimerais qu’il nous dise comment assumer notre religion"
Les vêpres retransmises sur les écrans ne captivent pas la foule. Edouard, 19 ans, originaire de Villemomble (Seine-Saint-Denis), sort son pique-nique de son sac. Bandeau gris qui retient des cheveux mi-longs, l’étudiant en droit était, l’été dernier, à Sydney (Australie) pour les JMJ. « Je suis venu ici pour retrouver mes amis, mais aussi parce que j’aimerais que le pape voie qu’on est présents. On affiche moins notre foi que dans d’autres pays, comme la Pologne ou l’Amérique latine. C’est à nous, chrétiens, de faire bouger les choses dans la société, de faire acte de présence. »
Sophie, elle, est Versaillaise. A 23 ans, elle vient de quitter son emploi dans le marketing et s’apprête à partir un an au Pérou avec une association caritative. « J’espère qu’avec ce voyage, les Français seront touchés par le pape. Qu’ils arrêteront de cracher sur la religion, qu’ils essaieront de s’ouvrir à tout ça. »
Corinne, 16 ans, française d’origine congolaise, et sa copine Huna, 15 ans, Guadeloupéenne, sont toutes deux venues avec l’aumônerie de Pantin (Seine-Saint-Denis). « Moi, j’attends un conseil de la part du pape, confie Corinne. J’aimerais qu’il nous dise comment assumer notre religion. Il y en a certains qui critiquent, ce n’est pas facile. » Exaucée, elle le sera par le message du pape aux jeunes…20h20 : « Son message nous encourage ! »
Le pape a du mal à calmer l’enthousiasme de la jeunesse. « Vous êtes à l’âge de la générosité. Il est urgent de parler du Christ autour de vous. N’ayez pas peur. Ayez le courage… » Un « ouais » tonitruant soutient les paroles de Benoît XVI. « … Ayez l’audace de le proclamer. Appuyez votre témoignage par la prière. L’Eglise vous fait confiance… » Tonnerre d’applaudissements. « Son message nous encourage ! » se réjouit Huna. 20h40 :"Il est moins accessible."
Le pape quitte le parvis, laissant le groupe de gospel de la fondation d’Auteuil « allumer » les lieux. Ambiance festive avant la veillée de prière.
Bob aux couleurs du Vatican enfoncé sur le crâne, le P. Godefroy Delaplace, 50 ans, des Foyers de charité de Châteauneuf-de-Galaure (Drôme), ne regrette pas d’avoir fait le voyage avec une quarantaine d’élèves du lycée de filles de Châteauneuf-de-Galaure : « Dire aux jeunes « Je vous fais confiance », c’est encourageant. Voir la pape prier, c’est très fort. Ici, c’est un peu comme les JMJ, mais sans l’effort de traduction. »
Vêtu d’un tee-shirt orange frappé du mot « Volontaire », Vincent, ingénieur parisien de 28 ans, commence à accuser la fatigue. Sur le pont depuis 9 heures du matin, il doit assurer jusqu’à minuit. Et reprend du service demain à 4 heures… Il tente malgré tout de profiter de l’occasion pour mieux connaître le pape. « Il est moins communicant que son prédécesseur. Je me sens moins proche de lui. Il est moins accessible. Ce n’est pas un pape qui s’ouvre vers l’extérieur, mais plutôt un pape qui retourne aux fondamentaux. Ce qui peut être bien…Je le rejoins quand il réaffirme les bases. Moins quand il réhabilite le rite tridentin. J’attends beaucoup de la messe de demain aux Invalides. Une plus grande communion. »
La veillée dans Notre-Dame a commencé. Avec Jean Vanier, dont le discours simple et direct est chaleureusement applaudi par les jeunes. Puis des témoins touchants de sincérité, comme Sébastien et Gabrielle, « jmjistes » de Sydney, Mathilde, éducatrice à la fondation d’Auteuil.
Les refrains de Taizé rythment la soirée, durant laquelle les fidèles peuvent « péleriner » dans la cathédrale. Ce qu’ont fait Anne-Marie, 50 ans, François-Xavier, 54 ans et leur fille Marie-Astrid, 20 ans, arrivés sur le parvis à 21h30.
Peu habitués des grands rassemblements de foi, ces paroissiens de Courbevoie (Hauts-de-Seine) apprécient l’ambiance sympathique, le recueillement et les prières dynamiques. François-Xavier, administrateur de biens, a écouté le discours du pape au monde de la culture et a apprécié qu’il parle de la paix. « Si, lors de son voyage en France, le pape est signe de paix, c’est bien. » 23h30 : Chemin de lumière
Alors que Mgr Vingt-Trois lance la prière qui précède le chemin de lumière, à l’orée du parvis, Dina, 54 ans et sa nièce Ceu, 39 ans, portent Rafaella, 7 ans, la fille de Ceu, pour qu’elle voie la foule qui emplit l’esplanade. Autant de petites lumières, diffusées par les cierges distribués pour la procession. D’origine portugaise, les trois Parisiennes du VIIè arrondissement arrivent de la chapelle de la Médaille miraculeuse où elles ont participé à une veillée. « C’est moi qui les ai poussées à venir, rigole Dina. Je suis pratiquante, j’ai un frère prêtre, et j’aime bien le pape Benoît XVI. C’est un exemple pour le monde entier. Il fait venir la paix. Et puis tous ces jeunes qu’il rassemble ! Je suis bien contente ! »23h50 : "J’ai l’impression que le pape se décontracte"
La méditation propose des intentions de prière pour Paris, ses habitants, et ses visiteurs : les touristes de Notre-Dame, les malades de l’Hôtel-Dieu, les prévenus qui défilent au Palais de justice tout proche, ...
Marie-Thérèse, 60 ans, juriste, parisienne du IXè arrondissement, s’apprête à partir pour le chemin de lumière. Les vêpres, elle les a vécues sur les quais, derrière Notre-Dame. Dans une atmosphère recueillie. « Nous avons chanté comme si nous étions dans la cathédrale ! », se réjouit-elle.
« J’ai l’impression que le pape se décontracte, commente-t-elle. Son message aux jeunes était très profond. » Elle apprécie que France 2 diffuse une grande partie du voyage du pape, et assure que « depuis 1997 et le voyage de Jean-Paul II, l’Esprit-Saint a fait son œuvre. Jean-Paul II, là-haut, il ne nous oublie pas, j’en suis sûre. »0h10 : "Il nous touche beaucoup"
Pascal, 49 ans, son épouse Claire, 45 ans et leur fils David, 13 ans, allument leur cierge pour suivre la procession. Longue journée pour ces Bretons qui ont quitté Saint-Pol-de-Léon (Finistère) à 14 heures. «C’est l’occasion de se retrouver avec plein d’autres chrétiens, explique Claire, aide à domicile chez une personne âgée. J’attends de ce voyage que les gens aiment plus le pape. Moi, il me rassure. » « Il nous touche beaucoup, confirme Pascal, orthophoniste. Il ose dire des choses très simples et bouleversantes.»
La procession derrière la statue de la Vierge, rythmée par une méditation des mystères de la vie du Christ, s’ébranle en douceur le long des quais de la Seine. Un flot de lumière quitte Notre-Dame, franchit les ponts et longe les majestueuses façades de la rive gauche.
Au 13, quai Saint-Michel, un drapeau du Vatican pend à un balcon. Des fenêtres des appartements chics du Vème arrondissement, quelques flashes crépitent. La voix des hauts-parleurs entraîne à la prière, entonne des chants. Elle se fait parfois plus distante et le pèlerin se contente, fatigué par la journée, le dos chargé d’un matelas-mousse et d’un sac de couchage, d’avancer, en prenant garde de ne pas perdre son groupe. Un « Je vous salue Marie » est récité par des milliers de voix place Saint-Michel. 0h30 : devant les restaurants
« Peuple de Dieu, cité de l’Emmanuel », chante la foule qui passe sous les fenêtres de Lapérouse, restaurant chic du VIème arrondissement. Les clients sont tous au balcon. 0h40 : des "Je vous salue Marie"
Devant l’Hôtel des monnaies, s’élève un « Ubi caritas, ubi amor » (là où est la charité, là où est l’amour). La statue de Condorcet, qui domine la foule d’un air interrogateur, n’en est toujours pas revenue. Place de l’Institut, un prêtre impose les mains à une adolescente agenouillée. A l’angle de la rue Bonaparte, une jeune fille a arrêté son vélo contre un lampadaire et, assise, les yeux fermés, récite des « Je vous salue Marie ».
Les fenêtres du 3, quai Voltaire, sont éteintes. Les Chirac étaient aux Bernardins, mais "sèchent" le chemin de lumière. Côté Seine, une colonne Morris annonce le nouveau film de Madonna : « Obscénité et vertu ». « Ce pain, c’est l’amour qui se donne », chantent les pèlerins.
Allistair, 13 ans, une lanterne à la main, et son frère Louan, 10 ans, cheminent en suivant leur parents, Isabelle et Jonathan, 40 ans chacun. « Nous voulons montrer à nos fils les membres de la communauté catholique en pèlerinage, explique la maman. Dans un monde marqué par l’égoïsme, le pape porte un message de paix dont nous avons tous besoin. » Partis à 22h00 du Mesnil-le-Roi (Yvelines), ils rentrent chez eux après la procession. « Je suis protestant méthodiste, précise Jonathan, vendeur obligataire sur les marchés financiers. Le pape est pour moi une personnalité importante du monde politique. Des millions de personnes écoutent son avis. » « J’ai suivi son arrivée en France, complète Isabelle. Je l’ai trouvé très « flexible », capable de s’adapter aux gens, contrairement à ce qu’on a voulu nous faire croire. Il apporte vraiment un message d’amour et de tolérance. »
Adrien, ingénieur informaticien parisien de 36 ans, ancien des JMJ, a apprécié le message du pape aux jeunes. « Ce ne sont pas des banalités, dont il nous a parlé. C’est important de redire les points capitaux de la foi : la croix, l’Esprit-Saint. Mais sur la forme, j’aurais aimé que le pape soit plus enthousiasmant.» Une chose est sûre : Adrien prendra le temps de relire tous ces textes, à tête reposée. Un autre jour. Quand il aura dormi, ou essayé de fermer un œil sur l’esplanade des Invalides. Il a apporté sa clarinette car on lui a demandé de prévoir un peu de musique pour ceux qui ne dormiraient pas, entre 2h00 et 7h00…1h50: essayer de dormir...
Les Invalides sont déjà envahies par une foule calme, qui pose ses sacs, étend ses matelas ou ses bâches en plastique. Objectif ? Pour certains, essayer de dormir alors que la fraîcheur commence à tomber. Pour d’autres, passer le temps jusqu’à demain 10h00, heure du début de la messe. Pour tous, profiter d’un temps privilégié, d’un événement rare.
> La visite, étape par étape
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 | Marie-Christine Vidal (texte et photos)

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