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publié le 08/04/2008

Société

Pourquoi le Tibet se révolte

Alors que Nicolas Sarkozy réfléchit au boycott de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques, la répression chinoise fait rage au Tibet. Le point sur la situation.


« Nous menons une lutte intense de sang et de feu contre la clique du dalaï-lama, une lutte à mort », martelait, mercredi 19 mars, Zhang Qingli, numéro un local du Parti communiste chinois. Une lutte qui se mène à l'abri des regards, tous les journalistes étrangers étant interdits d'informer depuis le début des violentes émeutes qui secouent cette région himalayenne grande comme deux fois la France et dix fois moins peuplée, coincée entre le colosse chinois et le géant indien.

Chronologie d'une révolte

Tout a commencé le 10 mars, jour de triste mémoire au Tibet. « Chaque année, les Tibétains commémorent l'insurrection de 1959 contre la Chine communiste de Mao qui a envahi, huit ans plus tôt, le territoire au prétexte de délivrer le peuple », explique Olivier Guillard (1), directeur de recherches à l'Institut de recherches internationales et stratégiques (Iris). 

En ce jour anniversaire, le dalaï-lama dénonce « la mise sous séquestre intolérable »
du pays par le régime de Pékin. Des mots durs qui font écho à l'exaspération grandissante des Tibétains, en particulier des jeunes générations, qui subissent depuis un demi-siècle l'occupation chinoise. « Les Tibétains ont saisi l'occasion de faire parler d'eux alors que le monde entier a les yeux braqués sur Pékin qui accueillera les Jeux olympiques en août », poursuit Olivier Guillard.

Parti des monastères et de Lhassa, capitale de la Région autonome du Tibet, le mouvement de protestation va vite s'étendre aux provinces périphériques, également sous administration chinoise. « C'est la nouveauté par rapport aux dernières grandes manifestations de 1987 et de 1989. Cette fois, tout le Tibet bouge massivement », note Anne-Marie Blondeau (2), directrice d'études émérite à l'Ecole pratique des hautes études (EPHE). D'où la violence de la réaction chinoise ? « Sur ce dossier, Pékin n'a jamais rien cédé. La seule réponse que connaissent les Chinois, c'est le rapport de force », soutient la spécialiste.

Cette intransigeance s'explique, certes, par une conjoncture particulière. « Si Pékin faisait preuve de compréhension au Tibet, cela créerait un précédent fâcheux alors que le pays doit faire face à d'autres forces centrifuges : aspiration à l'indépendance de Taïwan ; revendications séparatistes des musulmans Ouïgours du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine ; mécontentement grandissant des campagnes... » explique Olivier Guillard.

Pour les chinois : un peuple "arriéré"

« En réalité, depuis la dynastie Han (206 av. J.-C. à 220 ap. J.-C., N.D.L.R.), les Chinois sont persuadés de leur supériorité raciale sur le reste du monde. Une conscience que le régime communiste n'a fait qu'exacerber en prônant une idéologie qui permet d'étouffer toutes les revendications individuelles, sociales, a fortiori nationales », précise Anne-Marie Blondeau.

Officiellement, donc, la Chine a non seulement « libéré » le Tibet, mais a permis aux Tibétains de sortir de l'« arriération » dans laquelle ils étaient plongés. Un discours de propagande qui ne résiste pas aux faits. « Education, santé... le bilan d'un demi-siècle d'occupation est plus contrasté qu'on ne le dit parfois. Il reste que les Tibétains sont les grands perdants du développement que connaît la région », souligne Anne-Marie Blondeau. Ainsi, le produit intérieur brut (PIB) de la Région autonome du Tibet a sensiblement augmenté ces dernières années sous l'effet des investissements massifs d'entreprises chinoises, mais la population autochtone, rurale à plus de 90 %, n'en voit guère le bénéfice.

Un appel désepéré

En réalité, tout est fait pour vider la culture tibétaine de sa substance et la cantonner à une sorte de folklore qu'on prétend protéger. Ainsi, la religion bouddhiste, cœur de l'âme tibétaine, est soigneusement contrôlée par les autorités. Un exemple ? Au Tibet, être pris en possession d'une photo du dalaï-lama vous conduit directement en prison. « Brimé dans ses aspirations nationales, humilié dans son identité, sans perspective sur l'avenir, le peuple tibétain nous lance un appel désespéré, souligne le député Lionnel Luca, président du groupe parlementaire d'études sur le Tibet. Lui répondrons-nous par le silence assourdissant de nos lâchetés ? »

(1) Coauteur de L’année stratégique 2008. Editions Dalloz, 606 p. ; 25 €.
(2) Codirectrice, avec Katia Buffetrille, de Le Tibet st-il chinois ? Ed. Albin Michel, 474 p. ; 25 €.

Antoine d'Abbundo



Répression au Tibet

Tibet : le dossier de La-Croix.com
Tibet : message de M. Nicolas Sarkozy à M. Hu Jintao, président de la République Populaire de Chine
Notre forum sur l'organisation des Jeux Olympiques en Chine



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