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publié le 16/11/2007
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Développement durable, semaines socialesEn Touraine, les vertus écologiques du «fait-maison»Tirer partie des ressources locales pour faire économiser de l'énergie à la planète: c'est le défi qu'ont relevé en Tourraine une douzaine d'agriculteurs en partenariat avec une association, Alter'énergies. Une expérience qui est plébicitée par des consommateurs de plus en plus soucieux du contenu écologique de leur assiette.
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> Ces expériences novatrices son mises en avant pour l'atelier animé par Pèlerin sur le thème : "Alimentation : produire et consommer autrement"
Se rassembler pour trouver une alternative au pétrole Dans la grange de la ferme "La Rabinière", dans le sud de la touraine, Catherine et Pascal Joubert, viennent d'installer une étrange machine toute en hauteur. Dans l'entonnoir supérieur tombent des graines de colza. En bas à droite, s'écoule de l'huile ; à gauche, des granulés couleur pistache : le tourteau. Mélangé à l'orge et au lupin cultivés chez eux, comme le colza, cet aliment fera bientôt les délices de leur centaine de chèvres.
« La presse a été achetée en Coopérative d'utilisation du matériel agricole par un groupe de douze agriculteurs début 2004, la Cuma saint-Bauld. Depuis, elle n'arrête pas de tourner, une semaine chez l'un, une semaine chez l'autre », se félicite Pascal. Grâce à l'acquisition en commun de la presse, les Joubert ont pu réaliser un rêve qu'ils poursuivaient depuis plusieurs années : être autonome pour nourrir leurs animaux. « Ce qui a été décisif, c'est de rencontrer en 2003 des collègues éleveurs qui avaient la même envie que nous» se souviennent-ils.
Parmi ce petit groupe, certains, comme Thierry Desplat, producteur d'œufs bio à quelques kilomètres de la Rabinière, sont en lien avec des membres du Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne (MRJC) et du Réseau d'Expérimentation et de Liaison des Initiatives en Espace Rural (RELIER). « Nous étions un petit groupe qui avait envie de sortir du pétrole, au moment où la guerre d'Irak commençait, se souvient ce jeune éleveur. Plutôt que faire venir des matières fossiles du bout du monde, nous nous disions qu'il fallait essayer de produire de l'énergie le plus près possible des utilisateurs, à la ferme ».
C'est ainsi que naît en 2003 à Tours (Indre-et-Loire) l'association Alter'énergies. Son but : développer une alternative au pétrole en s'appuyant sur les huiles végétales pures (HVP) de colza et de tournesol produites dans le département. Militants associatifs et éleveurs en quête d'autonomie pour leurs animaux se retrouvent alors à travailler main dans la main. Alter'énergies organise rencontres et formations pour permettre aux agriculteurs de fabriquer leurs tourteaux et d'utiliser l'HVP dans leurs moteurs.Le tourteau de Colza : des vertus multiple « Au départ, on tâtonnait, se souvient Pascal Joubert. On craignait d'abîmer nos moteurs avec l'huile et on ne savait pas comment nos animaux allaient réagir à leur nouvelle alimentation. Pouvoir se retrouver, partager des infos, des petits trucs, ça a été indispensable ». A la Rabinière, sur les 22 hectares de colza cultivés en rotation longue (c'est-à-dire en alternance avec d'autres cultures tous les 5 ans au moins, pour éviter les maladies et parasites), 5 hectares sont désormais transformés en tourteaux et pour nourrir le troupeau. Le reste est vendu. « Avant, nous achetions du soja. Le problème, c'est qu'à 95%, le soja est génétiquement modifié. De plus, il vient de loin, d'Amérique Latine le plus souvent, où sa culture massive entraîne la déforestation et la destruction des cultures vivrières », déplorent Pascal et Catherine Joubert.
Sans OGM, produit sur place (en « circuit court ») et économe en énergie fossile : les vertus du tourteau de colza, à leurs yeux, ne s'arrêtent pas là. « La qualité du lait de nos chèvres s'est améliorée. Le tourteau fermier est plus riche en graisse et en protéines que le tourteau de soja industriel. D'où un meilleur rendement en fromage ». Quant à l'huile issue des graines, les Joubert l'utilisent sur l'exploitation, en mélange avec du carburant ordinaire dans leur sept tracteurs et la moissonneuse batteuse. « Cela nous fait économiser 4 à 5000 litres de fuel par an », expliquent-ils. D'autres membres de la CUMA vendent leur excédent à Tours plus, la communauté de communes tourangelle, qui grâce à l'appui technique d'Alter'énergie, fait rouler un camion de ramassage d'ordures avec de l'HVP.Une expérimentation qui fait... tâche d'huile « En 2005, nous avons obtenu de la région Centre le financement d'une étude pour évaluer le potentiel de production en HVP sur le territoire », se réjouit Mathieu Sabin, animateur d'Alter'énergies. Depuis, des moyens ont aussi été donnés par la région pour former des formateurs dans des instituts agricoles et assurer le suivi mécanique des véhicules d'exploitation.
« Aujourd'hui, grâce à l'engouement née autour de l'huile carburant, 50 presses sont recensées sur la région Centre, contre 1 seule en 2003, assure-t-il. L'objectif fixé par la région, c'est 400 presses fin 2008 ». Sera-t-il atteint ? L'explosion du prix des matières premières commence ici et là à changer la donne. « Le projet d'achat d'une grosse presse par une autre Cuma de Tourraine est au point mort, raconte Antoine Baron, éleveur de porc et de génisses au Louroux, près de Sainte-Maure de Touraine(Indre-et-loire). Les agriculteurs voient le prix du colza s'envoler depuis le début de l'année et calculent qu'ils auront plus intérêt à le vendre qu'à l'utiliser sur leur exploitation ».
Pour encourager la production d'HVP à la ferme, il faudrait selon lui que cet agrocarburant puisse être utilisé non seulement dans les véhicules d'exploitation mais aussi dans leurs voitures personnelles -point qui est actuellement l'objet d'un contentieux juridique. « Le fuel rose détaxé utilisé dans les tracteurs coûte 0,60 cts au litre. L'équation économique serait bien plus intéressante si nous pouvions utiliser l'huile à la place du diesel, qui coûte aujourd'hui 1,10 cts/litre. », estime Antoine Baron. Grâce à la presse de la Cuma Saint Bauld, l'éleveur nourrit ses porcs au tourteau de colza fermier et n'envisage pas de revenir en arrière. « Nous vendons tout en vente directe et nous sentons les clients très attachés à ce que la nourriture soit produite sur place. La traçabilité est devenue un argument essentiel. » explique-t-il. Lui et sa femme Maryline ont d'ailleurs affiché la pancarte qui donne confiance : « Ferme sans OGM ».
Véronique Badets. Photos : Stephan Norsic.
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