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publié le 18/01/2008

Religion

La laïcité française selon Sarkozy

Le chef de l'Etat a reçu, jeudi 17 janvier, les voeux des représentants des religions. Sa conception de la laïcité suscite la polémique. Retour sur son livre d'entretiens, publié fin 2004, où il plaide pour l'intégration de l'islam dans la République.





















Lors de sa première rencontre avec Benoît XVI, Nicolas Sarkozy lui a offert une édition de "La République, les religions, l’espérance".

Dans un livre choc, La République, les religions, l’espérance* , Nicolas Sarkozy avait relancé, en 2004,  le débat sur la place de l’islam en France, et plaidait, dans le même temps, pour une réforme, prudente mais profonde, de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Organiser l’islam en France

Rédigé entre mai et août 2003, à l’époque où Nicolas Sarkozy était encore ministre de l’Intérieur, l’ouvrage devait, en quelque sorte, justifier et prolonger la mise en place, quelques semaines plus tôt, du Conseil français du culte musulman (CFCM)**, sous l’égide de la place Beauvau. Sa parution sera reportée lorsque s’engage le débat concernant la loi sur le voile à laquelle Nicolas Sarkozy était, à l’époque, farouchement opposé.

Organiser l’islam en France pour en faire l’islam de France : tel est l’objectif principal de Nicolas Sarkozy, et le principe qui a guidé son action comme ministre de l’Intérieur chargé des cultes de mai 2002 à mars 2004.

« Je crois qu’il y a peu de sujets aussi importants que la question de l’intégration de millions de musulmans vivant en France », souligne-t-il en préambule d’un long et dense chapitre consacré à la question. Cet islam est-il véritablement compatible avec la République, l’interroge-t-on ? « Il n’y a rien que je trouve plus irresponsable que cette question, insiste Nicolas Sarkozy. La France de 2004 est majoritairement catholique. Mais elle n’est plus seulement catholique. Il faut tenir compte des évolutions qui sont le produit des différentes étapes de l’immigration. La dernière en date, celle en provenance du Maghreb, constitue un défi qu’il nous faut relever. Nous n’avons pas le choix. »

Suit un long plaidoyer pour une politique qui a conduit, pour l’essentiel, à la création du Conseil français du culte musulman comme première étape d’une « banalisation souhaitable » de l’islam.

Faire évoluer la loi de 1905

Car, après l’organisation du culte musulman, se pose désormais celui de son financement. Nicolas Sarkozy se prononce nettement en faveur d’une évolution de la loi de 1905 organisant la séparation de l’Eglise et de l’Etat. « On trouve naturel que l’Etat finance un terrain de football, une bibliothèque, un théâtre, une crèche ; mais à partir du moment où les besoins sont culturels, l’Etat ne devrait plus engager un centime ! souligne-t-il. Doit-on considérer ce qui a été rédigé il y a un siècle comme coulé dans le marbre ? Je ne le crois pas. »

Nicolas Sarkozy avance donc quelques propositions novatrices, qui permettraient une participation de l’Etat et des collectivités locales au financement des grandes religions. Au-delà du problème spécifique de l’islam, le ministre choisit, dans la foulée, de relancer le débat sur la « laïcité à la française » qu’il souhaite voir évoluer vers une conception plus « positive ».

Des convictions personnelles

On touche là à la partie la plus personnelle du livre. Considérant, en effet, que « la place de la religion dans la France de ce début de troisième millénaire est centrale » et que « les religions constituent un enjeu majeur pour notre société car elles sont le support d’une espérance », l’auteur plaide pour une « vision apaisée des rapports entre la politique et la religion » où la laïcité serait « non pas l’ennemie des religions », mais la « garantie pour chacun de pouvoir croire et vivre sa foi ».

Un discours qui puise, en partie, son inspiration dans une conviction personnelle. « Je suis de culture catholique, de tradition catholique et de confession catholique », confesse ainsi Nicolas Sarkozy qui n’hésite pas à évoquer le rôle civilisateur des religions, et notamment celui, historique, de la chrétienté en France et en Europe.

Antoine d’Abbundo. Photo : Alberto Pizzoli / AFP

* sorti le 28 octobre 2004, aux éditions du Cerf ; 172 p. ; 17 €
** Le CFCM est une instance créée en avril 2003 pour représenter les musulmans de France et régler les questions liées au culte ou à la foi musulmane. Les membres élus de cette assemblée seront renouvelés en 2005.


Nicolas Sarkozy redéfinit la laïcité Sarkozy au Vatican pour une laïcité positive Une loi contre le port de signes religieux ? Etat et religions : les dossiers en suspens La laïcité selon Jean-Paul II De notre identité nationale à celle de l'Europe Loi de 1905 : faut-il la modifier ? Les évêques de France pour une laïcité bienveillante Voile et laïcité : le dossier

Présentation du livre par les Editions du Cerf
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