Réagir 07/09/2011  |  11:17
Photo © DR

Cinéma

Habemus papam : devenir pape, le vertige de la charge et de la grâce

Habemus Papam , le film de Nanni Moretti et Michel Piccoli met en scène l'élection d'un pape envahi par le doute face à l'écrasante responsabilité de sa charge. Notre avis sur le film, avec le vaticaniste Bernard Lecomte et la psychanalyste Anne-Marie Saunal.

«Il est vrai que nous disons tous : pas moi, pas moi, aurait confié à un proche le cardinal Roncalli, patriarche de Venise. Mais ces flèches du Saint-Esprit doivent bien tomber sur quelqu'un... » Quelques jours plus tard, il devenait le pape Jean XXIII, élu par ses pairs.

Le film de Nanni Moretti raconte-t-il l'histoire des papes, les limites de la psychanalyse, ou le défi des grands de ce monde ? Un peu tout à la fois, reprenant une réalité - la charge est vertigineuse - et laissant de côté une dimension essentielle : la grâce de croire.

Ceux qui veulent y trouver une approche sérieuse de l'élection d'un pape seront déçus. Mais sans doute ne faut-il pas attendre du film ce que Nanni Moretti n'a pas voulu y mettre. Une comédie qui mérite qu'on s'y arrête avec un double regard : l'œil de la psychanalyse et la perception d'un vaticaniste. Foi et psychanalyse pourraient être convoquées dans le face-à-face Moretti-Piccoli. Mais ce n'est pas le propos du cinéaste, qui piste un homme dépassé par ce qui lui arrive.

Quel pourrait être le recours ? « Avec à peine deux entretiens, dont l'un devant tous les cardinaux, le film ne rend pas compte d'un travail psychanalytique », prévient d'emblée Anne-Marie Saunal, psychanalyste, auteur de Psy, délivrez-nous du mal !  ( Éd. de l’Atelier). Même si c'est bien un psy qui est appelé à la rescousse. « Le nouveau pape souffre d'une forme de décompensation à la suite d'une promotion vertigineuse. Cela arrive parfois à ceux qui sont propulsés à un poste de grande responsabilité. »

Et le sentiment d'immense solitude que ressent « l'élu » est crédible. Cette situation est même historique. « La plupart des papes modernes ne s'attendaient vraiment pas à être élus, explique Bernard Lecomte, vaticaniste, auteur de Le roman des papes  (Éd. du Rocher). Tout simplement parce qu'avant le Concile, des courants peuvent s'affronter et que, depuis deux siècles, c'est une troisième voie, un outsider qui l'emporte, à sa grande surprise. »

Le film raconte une histoire humaine et délaisse la dimension spirituelle

En 2005, Joseph Ratzinger dit avoir « senti le couperet de la guillotine approcher de son cou ». En 1978, à l'issue du 8e tour, le pape polonais Karol Wojtyla fond en larmes. Deux mois auparavant, Albino Luciani, devenu Jean-Paul Ier, ne s'en était jamais remis... « Il était tellement sûr que l'Esprit-Saint avait fait une erreur que, dans un état de stress fatal, il priait chaque jour le Seigneur de le rappeler à lui... » raconte Bernard Lecomte. De fait, Jean-Paul Ier meurt trente-trois jours plus tard.

Cette angoisse, l'Église ne l'ignore pas. C'est le sens de la « chambre des larmes », une petite pièce qui jouxte la chapelle Sixtine : quelques minutes après son élection, le pape s'y trouve seul pour prendre la mesure de ce qui lui arrive... Et pleurer, pourquoi pas, pris d'émotion et de vertige. Personne ne peut douter de l'effroi qui doit saisir l'élu. Pourtant, répondant aux cardinaux, le nouveau pape y a jusqu'alors toujours consenti : « Accepto », répond-il traditionnellement.

« Dans Habemus Papam , Michel Piccoli dit qu'il n'y arrivera pas, qu'il a besoin d'être aidé, remarque Anne-Marie Saunal, qui accompagne aussi bien des religieux que des chefs d'entreprise ou des mères de famille. C'est très humain et, en même temps, il manque une dimension : rien n'est dit de la force spirituelle qu'on peut espérer d'un cardinal. »

Toute la Bible est traversée de ces vocations démesurées dont les prophètes tentent de se défiler. Jonas s'enfuit, prend le bateau, traverse la tempête, se trouve rejeté à la mer, puis recraché sur la côte, là même où le Seigneur lui demande de prêcher. « L'élection étant 'gouvernée' par l'Esprit-Saint, on imagine mal un homme de foi renoncer », affirme la psychanalyste.

Avec le cheminement laborieux d'un pape qui ne prie pas, d'un psychanalyste qui ne peut exercer son travail, c'est la liberté d'être soi-même qui préoccupe Nanni Moretti, dans un propos universel, prenant le Vatican pour décor. Ainsi, Habemus Papam  nous restitue le mystère de la fragilité, de la solitude et du courage. Peut-être même le mystère de toute vocation humaine.

Notre avis sur Habemus Papam

Élu par ses pairs, le nouveau souverain pontife (Michel Piccoli, impressionnant) recule devant l’ampleur de la charge. Il fuit incognito dans Rome, laissant le monde entier suspendu à son apparition place Saint-Pierre. Tandis que l’assemblée des cardinaux patiente en jouant au volley, sous la houlette d’un psychanalyste (Nanni Moretti)…

Ce résumé lapidaire dit peu du plaisir cinématographique à accompagner l’ecclésiastique, fraternel et désemparé, dans les rues de la capitale italienne. Certes, la profondeur manque, les questions essentielles sont survolées, et le débat foi et psychanalyse à peine esquissé. Mais quel renouvellement dans cette représentation à la fois digne et enjouée de l’Église et du Vatican !
À partir de 13 ans.

Devenir pape, le grand vertige

Retrouvez dans Pèlerin n°6719 du jeudi 8 septembre 2011, notre article de quatre pages , avec une interview conjointe de Nanni Moretti et Michel Piccoli qui ont collaboré pour la première fois, un lexique sur les mots clés de l'élection d'un pape, l'avis de la rédaction et celle de Mgr Podvin, porte-parole de la conférence des évêques de France, et l'analyse du vaticaniste Bernard Lecomte et de  la psychanalyste Anne-Marie Saunal.

Trouvez Pèlerin chez le marchand de journaux le plus proche de chez vous (entrez "Pèlerin" puis votre adresse postale).

► La bande annonce d'Habemus Papam , sorti le mercredi 7 septembre 2011 sur les écrans.

/articleslist/view/1884/708214

Gérez votre abonnement, changez d'adresse, suivez vos commandes...

Accédez à votre espace abonné 

☺Offre réservée aux internautes☺

Formule abonnement 6 mois

Formule abonnement 6 mois

Soit 26 numéros de Pèlerin  

39 € au lieu de 78 €
soit 50 % de réduction

En savoir plus 

Rejoignez-nous sur Facebook

Nos blogs

Nos forums

Nos articles les plus lus

Nos articles les plus commentés

Dernière vidéo

Dominique Petitfaux
raconte l'histoire de Pat'Apouf