Voilà six ans exactement qu’Erwan Le Morhedec tient son blog Koztoujours. Au fil du temps, sa pratique et les discussions nourries avec les internautes l’ont fait évoluer sur le plan de l’anonymat, de la notoriété et sur la plan politique. Témoignage.
Après six ans d'anonymat, Koztoujours, l'un des blogueurs réputés de la planète web catho a décidé d' abandonner son pseudonyme et de se montrer à visage découvert. Il revient sur sa pratique et son expérience de blogueur qui l'ont transformé sur le plan personnel.
► Découvrez dans Pèlerin du 1er juin (chez votre marchand de journaux) notre palmarès des blogs cathos. Ceux qu'on aime... et aussi ceux qu'on n'aime pas !
J’ai finalement abandonné mon pseudo
Au départ, j’ai choisi d’écrire sous un pseudo car cela représentait une forme de protection, surtout sur le plan professionnel. En tant qu’avocat, je traite les dossiers qu’on me confie. Je ne souhaitais pas que mes opinions puissent indisposer les clients.
Je courais également le risque qu’elles soient comme ridicules ou arrogantes : en écrivant, je ne me prévalais d’aucun titre, ni d’aucune expertise particulière : je voulais simplement exprimer sincèrement ce que je pensais Mon ambition ? Etre une goutte d’eau dans l’océan... ou un grain de sable, mais "être là".
Le pseudo fut une bonne chose pour faire mes premières armes et prendre peu à peu conscience de l’ampleur de ce que cela pouvait représenter en terme d’écho rencontré auprès des internautes. Peu à peu, j’ai pris d’avantage d’assurance. J’écris sur mon blog ce que je pense et ce que je dis dans la vie courante. J’assume totalement mes idées.
J’ai été confronté à la (non) reconnaissance de mes proches
Lorsque je me suis lancé, j’ai été frappé de constater que mes amis se fichaient totalement de ce que j’écrivais. La plupart ne visitait jamais mon blog. Cela m’a vexé jusqu’au jour où je me suis interrogé : “Et toi, t’intéresses-tu vraiment à ce que font tes amis ?” Je pense notamment à cet ami qui fait de la musique, je ne me rappelle pas être allé à l’un de ses concerts...
Du côté de ma famille, je sentais parfois un manque d’intérêt et une vraie inquiétude. Pendant trois ans, j’ai publié un billet par jour. C’était une bonne chose pour lancer le blog mais cela a eu un prix : ma femme et mes parents étaient alarmés par le temps que j’y passais. J’ai ensuite décidé de ralentir le rythme. Désormais, j’écris mon billet le week-end ou dans les transports.
Depuis que le blog a gagné une audience plus large (la publication d'un nouveau billet suscite en moyenne 2000 à 3000 visites, et jusqu'à 13.000 sur un sujet comme les déclarations du pape sur le préservatif), et que j'aborde des thèmes plus essentiels et moins politiciens, je sens davantage de fierté chez mes proches... même si ma femme trouve que j’y passe encore trop de temps !
J’ai mieux compris ceux qui ne pensaient pas comme moi
J’aime le blog car c’est un moyen de rencontrer des gens qui ne partagent pas mon opinion. C’est beaucoup plus intéressant ! Je me rappelle notamment de ce billet que j’avais publié sur le changement de nom d'une partie du parvis de la cathédrale de Saint-Etienne (Jean-Jaurès s’était transformé en Jean-Paul II) qui faisait hurler les ardents défenseurs de la laïcité.
Un libre-penseur a posté un commentaire, je lui ai répondu. Il m’a répondu... La discussion s’est engagée. Je me souviens qu’il était en train de déménager. A la fin de son commentaire, il ajoutait : “Je charge les cartons dans la camionnette et je te réponds ensuite”. Nous avons échangé environ 140 commentaires. Grâce à cette discussion, j’ai mieux compris sa position et nous respections davantage nos opinions respectives.
J’ai développé une fibre plus sociale
J’ai débuté mon blog le drapeau claquant au vent. Avec le temps, je suis devenu moins péremptoire, plus apaisé. Dans mes billet, j'essaie d'éviter toute prise à partie personnelle. La lecture des commentaires et des autres blogs m’a fait évoluer dans ma perception politique.
Aujourd’hui, même si je garde mes convictions, je comprends mieux pourquoi des Français ont voté “non” , en 2005, au référendum sur le traité constitutionnel européen, alors que c’était précisément le choc provoqué par ce “non” qui m’avait poussé à ouvrir Koztoujours. En 2007, pour les présidentielles, j’ai affiché mon choix en faveur de Nicolas Sarkozy.
Aujourd’hui, je suis plus critique vis-à-vis de son action et particulièrement quant aux débats qu'il suscite — même si cela déplaît à ceux qui me suivaient à cause de cette préférence politique. J’ai notamment évolué sur la question de la politique migratoire de la France. Si l'existence même d'une telle politique entraînera toujours des interpellations et des reconduites à la frontière, il y a des façons de traiter les immigrés qui ne sont pas humaines...
Et puis, de toutes façons, en assumant ouvertement le fait d’être catholique, je ne pouvais pas faire mien le discours de l’Eglise sur la défense de la vie et oublier son message sur l’accueil du pauvre et de l’étranger. Je me suis laissé bousculer par la doctrine sociale de l'Église.
Soit 26 numéros de Pèlerin
39 €
au lieu de 78 €
soit 50 % de réduction