Comment transmettre la foi au XXIe siècle ? Lors du synode sur la nouvelle évangélisation qui a pris fin le 29 octobre, près de 400 évêques et experts ont planché à Rome sur ce chantier fondamental du pontificat de Benoît XVI.
Pendant trois semaines, 262 évêques du monde entier, entourés d'une centaine d'experts et d'auditeurs, ont planché à l'invitation de Benoît XVI sur l'avenir de la foi à Rome.
Pourquoi le message de l'Église semble-t-il de moins en moins audible ? Comment annoncer Dieu dans un monde qui, résume l'archevêque de Kinshasa (Congo), Mgr Laurent Monsengwo, "ne se pose pas la question de Dieu, ou se la pose très mal" ?
Cinquante ans après le concile Vatican II, alors que vient de s'ouvrir à Rome, à son initiative, une année de la foi, le pape pointe du doigt l'essentiel : transmettre la foi.
De nombreux sujets cruciaux ont été abordés avec lucidité : ravages du matérialisme et de l'individualisme en Occident, pauvreté endémique en Amérique latine, attrait pour les groupes sectaires et montée de l'islam radical en Afrique, persécution et atteintes à la liberté religieuse en Asie et au Proche-Orient...
De ce scanner de l'Église universelle se dégagent deux grandes tendances : la première, incarnée par le cardinal Peter Erdö, archevêque de Budapest (Hongrie), dénonce sans ambages la "perte de la mémoire de l'héritage chrétien" dans une Europe qui "doit être évangélisée (car) elle en a besoin" ; la seconde, prenant acte du fossé apparu entre l'Église et la société, cherche au moyen d'une autocritique constructive à en saisir les causes.
■ Cinq évêques donnent leur avis
→ Mgr Felix Gmür, jeune évêque de Bâle (Suisse)
"Rétablir le contact avec les hommes et les femmes du XXIe siècle passe d'abord par une écoute renouvelée, sincère et persévérante. Que vivent les couples hors mariages, les enfants qui ne grandissent pas au sein de familles traditionnelles, les divorcés remariés ? Ce sont eux qui ont prioritairement besoin de l'Évangile et si l'Église hésite autant à leur sujet, c'est qu'elle n'a pas encore de réponse."
→ Mgr Laurent Monsengwo (Congo), président délégué de l'assemblée
"On ne peut évangéliser dans la richesse. Si nous avons aujourd'hui besoin d'une nouvelle évangélisation, c'est parce que nous avons perdu l'essentiel. Aucune réforme sérieuse de l'Église ne s'est faite sans un retour à la pauvreté."
→ Mgr Diarmuid Martin, archevêque de Dublin (Irlande)
"Nous devons passer d'un catholicisme institutionnel qui dominait la société à une nouvelle culture catholique où seule domine la figure du Christ. Comment ? En laissant ouvertes les portes de nos églises, en aménageant des espaces de contemplation et de prières dans la vie urbaine de tous les jours, mais aussi en élaborant une catéchèse moins cérébrale : le Christ ne cherche-t-il pas d'abord à entrer dans le cœur de ceux qu'il rencontre ?"
→ P. Samir Khalil Samir, jésuite égyptien et islamologue
"Pour manifester sa joie de vivre à la suite du Ressuscité, l'Église gagnerait à montrer un visage un peu plus 'sympa'. Présenter notre foi comme une somme d'interdits, c'est comme aborder la culture d'un pays en commençant par le droit pénal... Pas vraiment de quoi susciter l'envie !"
→
Mgr Filippo Santoro, archevêque de Tarente (Italie du Sud)
Quelques jours avant la tenue du synode, il s'est ainsi rendu auprès des ouvriers en grève des aciéries de l'Ilva - au cœur d'un gigantesque désastre sanitaire et social - pour leur faire part de la proximité de l'Église.
"Une Église qui entre résolument dans le drame quotidien des gens ne suscite jamais le rejet, pas plus en Europe qu'en Amérique latine. La nouvelle évangélisation n'est pas d'abord une question d'organisation ou de culte, c'est manifester la présence d'un Dieu qui étreint l'humanité, qui se donne et qui change la vie.
Les sacrements, la catéchèse, tout cela ne prend sens que lorsque la proximité avec les hommes est clairement manifestée. Si Vatican II a renouvelé notre discours, quid de nos réponses aux exigences du quotidien ?"
Reste à savoir ce que Benoît XVI retiendra de cette immense matière première. Rappeler à l'Église ce pour quoi elle existe tout en acceptant d'entrer dans un dialogue exigeant avec le monde : pour le pape, la ligne de crête est difficile à tenir.
"Synode pour la nouvelle évangélisation : Quand l’Église cherche à transmettre la foi" , un article de deux pages, à lire dans Pèlerin n°6778 du 25/10/12.
Comment annoncer le Christ au XXIe siècle ? Quels gestes, quels mots utiliser pour être entendus au milieu d'un monde qui change ? Près de 400 évêques et experts venus de toute la planète planchent à Rome, jusqu'au 28 octobre, sur ce chantier fondamental du pontificat de Benoît XVI : transmettre la foi.
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