Réagir 22/10/2012  |  10:03
Depuis cinq ans, les cercles de silence soutiennent les sans papiers

L'actu

Depuis cinq ans, les cercles de silence soutiennent les sans papiers

Le 20 octobre, à Toulouse, se sont rassemblés les délégués européens des cercles de silence. L'occasion de dresser le bilan d'une action non violente en faveur des migrants sans papiers, initiée par les franciscains en 2007.

Strasbourg, Périgueux, Cherbourg, Auxerre... La liste est longue des communes - plus de 175 - qui, une fois par mois, accueillent un " cercle de silence". Tout a commencé modestement, il y a cinq ans, place du Capitole, à Toulouse : des franciscains invitaient les passants à les rejoindre pour cette action non violente et muette.

Le cercle rassemblé autour d'une lampe allumée avait pour objet de faire la lumière sur ce qui se passait dans les centres de rétention administrative qui accueillaient des personnes en voie d'expulsion, rappelant ainsi à tous que le respect de la dignité humaine n'était pas négociable. Cinq ans plus tard, ce chantier est toujours d'actualité.

Le Frère Alain Richard, un des fondateurs et militant de la non-violence, se souvient encore de la tête des policiers dépités devant ces manifestations d'un genre inattendu. "L'avantage du silence, c'est que nous ne tombons pas dans le piège qui consiste à dénoncer de manière irrespectueuse des comportements irrespectueux."

 Le silence permet d'inviter chacun à "écouter le meilleur qui est en nous, ce que d'autres appellent la conscience". Le coup de génie de ces cercles est d'avoir réussi à faire parler comme jamais des questions liées au statut des personnes sans papiers.

Et s'ils se sont multipliés, c'est qu'ils ont toujours refusé de se fédérer en une structure officielle. Chaque cercle vit sa vie et peut naître d'une démarche religieuse, associative ou syndicaliste. S'y côtoient des gens très différents dans un bel "œcuménisme de protestation", selon le P. Michel Dagras, ancien vice-recteur de la Catho de Toulouse.

Juliette Ramonatxo n'habite pas très loin du centre de rétention administrative de Toulouse, à Cornebarrieu. Après avoir participé à un cercle de silence, elle a fondé un "cercle de voisins" pour faire connaître la réalité de ces lieux de détention.

Il faut dire que la bâtisse, non loin de l'aéroport de Blagnac, cultive l'art de la discrétion. Alors que 126 personnes peuvent y être accueillies, gardées derrière des barbelés par près de 130 policiers.

Cohérence et détermination contre l’enfermement
La mobilisation paye à l'échelle nationale, puisque le sort des familles et des enfants semble être mieux pris en compte ; l'assignation à résidence est parfois préférée à l'enfermement. Mais il y a encore bien du chemin à faire. C'est ce qu'a rappelé au ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, le cercle de silence organisé à Évry (Essonne), le 30 septembre.

La question n'est pas seulement française : les cercles ont essaimé en Europe, notamment en Espagne où l'on en compte une dizaine. "Ce qui donne du crédit à notre démarche aux yeux de personnes réticentes à s'occuper des étrangers, rappelle le F. Alain, c'est notre volonté de persévérer jusqu'au bout, quitte à faire de la prison s'il le fallait."

Une cohérence dont rend compte aussi le documentaire Contre les murs, réalisé au sein du centre de Cornebarrieu et qui doit être présenté ces jours-ci aux militants toulousains avant de passer, en janvier peut-être, sur les chaînes grand public.

Vidéo.  Sur la web télé solidaire TV sol, Alain Richard, frère franciscain à l'initiative des "cercles du silence", explique l'origine de ce mouvement en faveur des immigrés sans papiers. Durée : 16'45 mn.

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