Depuis le 1er octobre, le prix des produits du tabac a augmenté de 40 centimes. Une mesure jugée insuffisante par les associations de lutte contre le tabagisme.
■ Rappel des faits : Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, l'a confirmé : au 1er octobre, le paquet de cigarettes augmentera de 40 centimes et coûtera entre 6,10 € et 6,60 €. Cette hausse - après trois autres en trois ans - est la plus forte depuis 2004.
Les spécialistes la considèrent comme le moyen le plus efficace pour réduire la consommation de tabac, en particulier chez les jeunes. De fait, en 2004, après une hausse de 40 %, deux millions de fumeurs ont arrêté (sur plus de 20 millions). Et depuis 2005, l'âge moyen de la première cigarette n'a cessé de reculer, les jeunes n'expérimentant le tabac qu'après 14 ans.
■ Une mesure très insuffisante. Pour le Pr Albert Hirsch, représentant de la Ligue contre le cancer, "cette augmentation est insuffisante, voire inutile ! Il faut, au minimum, 10 % de hausse pour encourager les fumeurs au sevrage." De fait, depuis la vague de "décrochages" de 2004, la consommation de cigarettes est restée stable en France.
Au grand désespoir des antitabacs : "Il y a urgence, tonne Albert Hirsch : le tabac fait 73 000 morts chaque année en France, soit un décès sur 7. Et des décès prématurés, tout à fait évitables !"
Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes, souligne aussi un impact pervers : "Les contrefaçons et importations illégales représentent 21 % des ventes, contre 3 % en 2003 ! 6 000 buralistes ont disparu ces dernières années alors que la consommation ne diminue pas : le trafic annule l'effet sanitaire recherché par le gouvernement et fragilise nos emplois".
■ Il faut aller plus loin. Pour les associations de lutte antitabac, mais aussi pour la ministre de la Santé, Marisol Touraine, qui s'est exprimée sur le sujet fin juillet, "il faut donc aller plus loin". Elle veut pousser l'Europe à adopter, comme l'Australie, le "paquet neutre", uniforme, sans marque apparente. Et espère ainsi rendre l'acte de fumer moins attractif pour les jeunes.
Autre mesure à l'étude : vendre les paquets de cigarettes sur des rayonnages invisibles du public. Mais là encore, pour une réelle efficacité, il faudrait couper court aux trafics en obtenant de l'Europe une harmonisation du prix du tabac et des contrôles douaniers renforcés.
Reprenant une idée défendue par certains parlementaires mais qui n'a jamais abouti, la ministre de la Santé voudrait imposer une taxe aux industriels du tabac dont les bénéfices continuent d'augmenter. Mais les associations sont pessimistes : "Par tradition, Bercy freine des quatre fers", dénonce Albert Hirsch.
Pourtant, selon les estimations scientifiques, le coût sanitaire et social lié aux ravages de la cigarette s'élève, en France, à près de 50 milliards d'euros par an. À mettre en regard des 13 milliards que le tabac rapporte à l'État.
► Podcast. Sur le site de RTL, écoutez des réactions de fumeurs, d'un buraliste lyonnais et découvrez les chiffres du tabac : la répartition de l'argent, l'évolution du prix du paquet et des ventes depuis 2000.
► Vidéo. Le 4 octobre, l'émission Désintox, une production Arte, Libération et 2P2L, revient sur les propos de Najat Vallaud-Belkacem, la porte-parole du gouvernement, "qui affirme un peu vite que l'augmentation du prix du tabac aura un impact positif sur la santé publique." Durée : 1'49 mn.
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