Au cœur de l'Ardèche, un joyau inconnu du grand public pourrait être inscrit sous peu au patrimoine mondial de l'humanité : la grotte Chauvet, découverte en 1994. En janvier, le gouvernement français pourrait décider de présenter la candidature de ce chef-d'œuvre de l'art préhistorique.
Photo : Le panneau des lions des cavernes.
S 'il est un lieu à valeur « prestigieuse et universelle », qui mérite de figurer sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité, établie par l'Unesco, c'est bien la grotte Chauvet. Ce témoignage extraordinaire de l'art préhistorique a été découvert en 1994, sur la commune ardéchoise de Vallon-Pont-d'Arc.
Mais, pour assurer la conservation de ses peintures et être protégée du grand public, elle doit rester fermée et est donc méconnue. Un classement en 2013 rendrait enfin justice au chef-d'œuvre. Son dossier de candidature vient d'être présélectionné.
Mais il doit encore être validé en janvier par le gouvernement français avant d'arriver devant les experts de l'Unesco, en février. « Elle est aussi importante que la grotte de Lascaux (Dordogne) en qualité et bien plus ancienne ! » s'enthousiasme Jean Clottes, spécialiste de l'art préhistorique qui, depuis la découverte, étudie les 420 représentations animales qui ornent le rocher.
Il y a 35 000 ans (soit 20 000 ans avant Lascaux), des homo sapiens - comme nous ! - couvrirent de gravures et de dessins, réalisés au charbon de bois noir ou à l'ocre rouge, les parois de ces salles souterraines. Rhinocéros, lions, ours... sont tracés avec une maîtrise absolue.
« La grande leçon de Chauvet, insiste le spécialiste, c'est que l'art n'a pas balbutié : dès que l'homme a voulu créer, il a acquis les techniques. Et ces scènes complexes, peintes au fond de grottes obscures, ont un sens qui nous échappe, sans doute en relation avec le monde de l'au-delà, les esprits de la nature... Pour moi, on assiste, sur ces parois, à la naissance des préoccupations spirituelles de l'humanité. »
Un enfant de 10 ans, dernier visiteur il y a 24 000 ans
La grotte a aussi permis de confirmer l'existence, pour cette période appelée aurignacienne (il y a 35 000 à 30 000 ans), d'une unité culturelle dans toute l'Europe. « Ici, comme en Roumanie ou en Allemagne, les animaux représentés sont ceux qui sont très peu chassés car dangereux ou dont la viande est peu comestible », observe Jean Clottes.
Ce n'est plus le cas à l'époque de Lascaux où les bisons et les chevaux forment une bonne partie du bestiaire. Autre fait exceptionnel : les scientifiques ont pu travailler dans un environnement intact. Le porche de pierre s'est en effet écroulé, fermant l'entrée, il y a environ 24 000 ans.
Ce qui a permis de découvrir les empreintes d'un enfant de 10 ans, qui a visité le fond de la grotte, 26 000 ans avant nous, armé d'une torche et... accompagné d'un « canidé », sans doute déjà un chien, descendant d'un loup domestiqué.
Pour Hervé Saulignac, vice-président (PS) de la région Rhône-Alpes, qui défend la candidature de la grotte Chauvet, « le dossier de classement a permis de faire avancer un ambitieux projet de valorisation du site qui tienne compte des règles très sévères de l'Unesco en matière d'environnement ». Quoi qu'il arrive, un centre d'interprétation avec une réplique en trois dimensions de la grotte ouvrira à Vallon-Pont-d'Arc, en 2014. l
→ Jean Clottes est l'auteur de
Pourquoi l’art préhistorique ?
, Éd. Folio Gallimard, 330 p. ; 8,90 €.
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