Les Clarisses de Besançon se sont lancées dans une aventure extraordinaire : la construction de leur nouveau monastère, signé Renzo Piano, l'architecte de Beaubourg. Les sœurs ambitionnent d'y refonder une fraternité moderne grande ouverte sur le monde. Bénédiction le 8 septembre.
«Si nous avons quitté notre monastère de Besançon pour en créer un nouveau au pied de la chapelle de Ronchamp, en Haute-Saône, c'est dans un esprit mission- naire, de refondation de l'ordre des Clarisses. Et non pour faire une opération immobilière... »
Sœur Brigitte, une abbesse au fort tempérament, met d'emblée les points sur les « i ». Installée depuis octobre 2009 sur le site, sa communauté a assisté jour après jour à l'avancée du chantier. Ce deuxième hiver, en ces contrées rigoureuses, a été rude pour les sept sœurs, logées dans des locaux provisoires, au sommet de cette colline boisée où l'architecte Le Corbusier a bâti Notre-Dame-du-Haut, de 1950 à 1955.
Heureusement, le printemps s'achève, et la fin des travaux approche à grands pas. Les toits du monastère viennent d'être posés. Et son aménagement intérieur devrait être achevé en juillet. Avant l'ouverture, début septembre.
Un monastère, signé Renzo Piano, l'architecte du Centre Georges-Pompidou
Ce nouveau monastère va former un arc de cercle se fondant dans la colline, en contrebas de la chapelle. « Comme des feuilles qui se décollent de la forêt », pour reprendre la formule du Franco-Italien Renzo Piano, l'architecte, entre autres, du Centre Georges-Pompidou, à Paris. Il y a trois ans, une mauvaise polémique à propos de la cohabitation de son projet avec l'œuvre, toute proche, de Le Corbusier, a fait prendre du retard au chantier.
Renzo Piano a revu sa copie, en concertation avec les Clarisses. De telle sorte que le monastère, dont les toits seront recouverts de végétation, se verra à peine du haut de la colline. C'est un délicat ensemble de petits bâtiments reliés entre eux par des couloirs et des volées d'escaliers. Il est composé de douze chambres monastiques, éclairées par des baies vitrées ouvrant sur les bois, d'un oratoire public, d'un accueil visiteurs et d'un réfectoire. Sans oublier une porterie flambant neuve, à l'entrée du site.
Ce beau et ambitieux projet fera de Ronchamp le premier monastère français du XXIe siècle édifié par un bâtisseur de renom. Aussi important que le couvent de la Tourette, dans les monts du Lyonnais, dont Le Corbusier dressa les plans à la demande des Dominicains.
C'est en juin 1955 que Le Corbusier, bâtisseur de génie, avait remis les clés du sanctuaire admiré dans le monde entier pour la pureté et le lyrisme de son architecture : une coque de béton brut, dont le toit en pointe, inspiré par une carapace de crabe, s'élance vers le ciel.
Sa chapelle, ouvrant sur les sommets des Vosges et du Jura, avait été édifiée sur les ruines d'un édifice néogothique, détruit pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ce site, un lieu de pèlerinage depuis le Moyen Âge, a ceci de particulier qu'il appartient à une association loi 1901, L'Œuvre Notre-Dame-du-Haut. Celle-ci regroupe, entre autres, des descendants de paroissiens de Ronchamp, qui avaient racheté l'ancienne chapelle, quelques années après la Révolution, pour lui rendre sa vocation de lieu de culte, dédié à la Vierge Marie.
Le site allait perdre sa vocation spirituelle
« Au début des années 2000, le site dépérissait, se souvient Jean-François Mathey, dont le père, inspecteur des monuments historiques, fut l'un des grands défenseurs de Le Corbusier. L'ancien chapelain venait de décéder, laissant un grand vide. La préfecture, le département, la Fondation Le Corbusier... Tous convoitaient ce site. Les lieux risquaient de perdre leur vocation spirituelle, pour devenir uniquement une attraction touristique. »
C'est dire si L'Œuvre Notre-Dame-du- Haut a accueilli avec joie le projet des Clarisses, soutenu par le nouveau chapelain, le P. Louis Mauvais, ancien vicaire général du diocèse, et par l'évêque, Mgr André Lacrampe. Du reste, l'association, qui assure déjà la gestion et l'entretien de la chapelle de Le Corbusier, dont elle possède les droits, finance en grande partie les 12 millions d'euros, coût des travaux sur l'ensemble du site, grâce à ses fonds propres et à des emprunts.
Ce saisissant lieu de paix et de contemplation accueille quelque 80 000 visiteurs par an, venus du monde entier. Et avec l'installation des Clarisses, il revit spirituellement.
Depuis le retour des beaux jours, les sœurs célèbrent leurs offices quotidiens à l'intérieur de la chapelle. La messe du dimanche réunit une bonne centaine de paroissiens. La ville de Ronchamp, en contrebas, qui a longtemps vécu comme coupée du sanctuaire, a commencé à bien intégrer la communauté monastique.
La municipalité a même fait restaurer un ancien chemin pédestre, menant directement à Notre-Dame-du-Haut. C'est celui qu'emprunteront des centaines de pèlerins, pour assister à la bénédiction du monastère, le 8 septembre, fête de la Nativité de la Vierge.
► La
chapelle de Le Corbusier est ouverte tous les jours, sauf le 1er janvier.
► Monastère Sainte-Claire. Rens. : 03 84 63 13 40 ; site :
www.clarisses-a-ronchamp.fr
► Le site de l'
association Notre-Dame du Haut : historique de la construction de la chapelle par Le Corbusier.
► La France va demander à l'Unesco de
classer l'oeuvre de Le Corbusier comme une contribution exceptionnelle au mouvement moderne (sur le site de France 3).
► Découvrir la chapelle de Le Corbusier en
photo (galerie Flickr) et en
video (1'56 mn, sur la chaîne Téva)
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