Comme des milliers de pèlerins, ils ont pris le chemin de Saint-Jacques. Mais Marie-Annick et Pierre Bouquay se sont lancés sur le chemin du retour. Un pari physique et spirituel, un défi à la lumière et au temps.
Le 25 juillet 2000. Au terme d'une longue marche de deux mois entamée au Puy-en Velay, Marie-Annick et Pierre Bouquay pénètrent, avec des milliers d'autres pèlerins, dans la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle (Espagne).
Le couple, un kinésithérapeute et une enseignante à la retraite âgés d'une soixantaine d'années, récemment éprouvés par la mort de leur fils aîné, a préparé son départ de longue date. « Une telle coupure n'était envisageable qu'une fois libérés de nos activités professionnelles et de l'éducation de nos quatre enfants », expliquent les Bouquay dans le jardin de la maison familiale à Vitré (Ille-et-Vilaine).
Cette année-là, la démarche du couple ressemble à celle des nombreux pèlerins sur le point de regagner leur maison en train, en bus, en avion...
Pour Marie-Annick et Pierre, ce sera en voiture, accompagnés de leurs filles venues les rejoindre à Saint-Jacques. Deux mois de marche et de méditation dans un sens, douze heures d'autoroute dans l'autre. L'atterrissage est brutal. Férus d'histoire, les Bouquay pressentent que leur aventure ne s'arrêtera pas là. « Au Moyen Âge, Saint-Jacques n'était qu'une étape de mi- parcours, rappelle Marie-Annick. Les pèlerins n'avaient alors pas d'autre moyen que de rebrousser chemin à pied. »
Bientôt, la décision est prise. En septembre 2003, le couple regagne Saint-Jacques-de-Compostelle en bus. Objectif : prendre la route dans l'autre sens. Se donner le temps d'achever la boucle entamée trois ans plus tôt.
Pour les Bouquay, catholiques pratiquants, le pèlerinage de Saint-Jacques ne s'apparentait ni à une randonnée au long cours, ni à une dévotion particulière pour l'apôtre. « Jacques le Majeur s'est-il vraiment rendu en Galice ? La question n'est pas là, raconte Pierre. L'important était de mettre nos pas dans ceux des pèlerins qui parcourent depuis mille ans ces sentiers avec la même interrogation : quel sens donner à notre existence ? » D'où la nécessité, aux yeux du couple, d'accomplir l'autre versant du voyage : un lent retour sur soi.
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